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Amérique latine - Caraïbes

Une fresque murale des fondateurs de l’Alliance Française à Mérida, Mexique

La fresque murale des fondateurs de l’Alliance Française a été inaugurée le jeudi 7 février en présence d’Anne Grillo, ambassadrice de France, de Jean-Paul Rebaud, conseiller culturel et d’Ariel Guzman auteur de cette œuvre rappelant l’essence humaniste, la vocation universelle et les grandes figures historiques qui furent à l’origine de ce mouvement. Les valeurs de dialogue et de rapprochement des peuples portées par les Alliances Françaises aux quatre coins du globe prennent plus que jamais sens à la lumière d’une actualité internationale caractérisée par le repli sur soi et les antagonismes. C’est dans cette perspective que cette peinture été conçue ; mettre en avant la dimension à la fois historique et contemporaine de nos actions de terrain.

Ariel Guzman est un des peintres les plus en vue de la scène artistique yucatèque. Il a initié son apprentissage à l’Ecole Nationale de Peinture et de Sculpture de la ville de Mexico avant de parfaire sa formation en Allemagne dans le domaine du graphisme et de la photographie, puis en Suisse en suivant des études de design architectural. Issu d’une famille de professeurs, Ariel Guzman a enseigné à l’école des Beaux-Arts de Mérida, à l’Université Autonome du Yucatan et en Suède dans le milieu associatif auprès de réfugiés politiques. Installé à Mérida depuis 1986, Ariel Guzman tient son atelier de peinture et se consacre également à la promotion culturelle, il est notamment à l’origine des Festivals Internationaux de Photographie et de Jazz de Mérida.

Entretien avec Ariel Guzman

Comment pourriez-vous définir votre relation avec la langue française et l’Alliance française ?

Ma mère suivait des cours à l’Alliance française de Mexico et nous parlait souvent des auteurs et artistes français qui la passionnaient comme Charles Baudelaire et Arthur Rimbaud. Ma sœur enseignait le français dans mon école primaire et la directrice de cette école n’était autre que ma grand-mère. Cet environnement est donc à l’origine de mon attachement pour la culture française, un intérêt qui ne m’a depuis jamais quitté.

Mon atelier de peinture étant situé en face de l’Alliance française, j’ai travaillé avec différents directeurs sur divers projets comme des expositions collectives, des manifestations photographiques ou encore le Festival International de Jazz de Mérida. Ils sont généralement jeunes et agités, ce qui correspond tout à fait à mon tempérament. L’idée de la fresque, eh bien, il fallait créer un dialogue en utilisant des vieilles photos au sein d’une composition moderne. L’intérêt est que l’on puisse sentir à la fois la modernité et la nostalgie avec des grands hommes que j’ai toujours admirés comme Jules Verne par exemple. Il s’agit pour moi de reprendre contact avec le passé, ayant vécu à Paris et connu une petite amie française, et puis vous savez, j’aime beaucoup la France. Il existe une innovation permanente à l’Alliance française de Mérida, ce qui en fait une Alliance vivante, raisons pour lesquelles c’est un honneur d’avoir peint ce mur. Je passe devant à chaque fois que je vais en cours de français, c’est devenu un sujet de conversation entre les étudiants. Ils savent qu’ils ont avec l’Alliance française une histoire merveilleuse, de plus, avec une implantation mondiale que peu d’institutions possèdent pour faire vivre la culture et la langue française.

Pouvez-vous nous parler des photos utilisées comme modèle pour la fresque ?

La plupart des photos utilisées pour la fresque proviennent du travail de Felix Nadar, que j’affectionne. C’est un personnage important de l’histoire de l’art en France. Ce fut l’un des premiers photographes officiels des artistes du 19e siècle, il s’est chargé de la mémoire photographique des illustres figures de l’époque comme Honoré de Balzac, Luis Pasteur, Charles Baudelaire, Jules Verne ou encore George Sand. Ses portraits sont d’une merveilleuse qualité. Nadar fut le premier à impulser le mouvement impressionniste, il est d’ailleurs considéré comme le parrain des impressionnistes français.

Comment pourriez-vous décrire vos influences artistiques ?

Au Mexique, c’est Rufino Tamayo, peintre Oaxaqueño, il y a également Picasso et la profondeur de Marcel Duchamp quant au mouvement de descente et de montée d’escalier, son travail m’a beaucoup influencé. J’aime aussi le peintre suisse Paul Klee, l’art optique de Carlos Cruz-Diez, Julio Le Parc, et puis le mouvement pop art d’Andy Warhol et de Lichtenstein, l’entrelacement de tous ces éléments constitue ma mécanique créative. Quant à l’abstrait, je citerais l’art espagnol avec Antoni Tapiez. En somme, on mélange toutes ces influences et cela forme une salade au goût différent, dans ce cas, cela s’appelle du Guzman.

Justement comment pourriez-vous décrire le style Guzman ?

Le style Guzman, c’est un peu la géométrie brisée, les plans profonds, le triangle, les escaliers et les ponts. Quand je peins, je joue avec toute la toile et les idées surgissent spontanément. J’ai souvent recours aux ponts et aux escaliers pour monter et descendre. Dans cette œuvre, j’utilise les escaliers et des éléments qui rompent pour que l’œuvre ne soit pas plane. C’est l’influence Chagallesque. La rupture de derrière est cubiste. Si l’on retire les personnages on se rend compte des éléments de Tamayo pour ce qui est des couleurs orange et magenta, ce qui est très mexicain, et des ocres de Klee et de Picasso. Si l’on parle de la résolution des personnages, il fallait qu’ils soient reconnaissables, les figures ont donc une petite touche de pop et apparaissent superposées comme des décalcomanies. Le fond et la figure ont dans mon travail toujours été liés, c’est comme l’accompagnement et la mélodie pour la musique.

Propos recueillis le 1er mars 2019 par Alexandre Guillochon et Ana Rosa Pech Perez à Alliance française de Mérida