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Amérique latine - Caraïbes

Équateur / L’Alliance Française de Quito offre un rendez-vous d’éducation aux médias, le MEM

Transmettre le regard, interroger les images

Depuis 2023, le réseau des Alliances Françaises d’Équateur développe un rendez-vous consacré à l’éducation aux médias : le MEM (Mois de l’Éducation aux Médias). Conçu comme un temps fort de sensibilisation à la production de l’information et à l’esprit critique, cet événement a déjà accueilli documentaristes, dessinateurs de presse et expositions thématiques. Pour son édition 2026, le réseau a choisi de mettre à l’honneur la photographie documentaire, à travers un double programme associant l’exposition des travaux des photographes Emilienne Malfatto (France) et Isadora Romero (Équateur), ainsi que l’invitation du photographe et reporter Charles Thiefaine.

Photographe reporter reconnu pour son travail en Irak (pour les journaux Le Monde, Libération, Figaro, la revue Mouvement), Charles Thiefaine mène régulièrement des ateliers auprès de publics éloignés à la photographie. Invité pendant deux semaines en Équateur, il a développé le projet Quito et moi avec des élèves issus de plusieurs établissements de l’« Espace français », réseau de lycées partenaires de l’Alliance Française de Quito, ainsi qu’avec les élèves du lycée franco-équatorien La Condamine. À travers des ateliers mêlant pratique photographique et réflexion sur la narration visuelle, les participants ont été amenés à documenter leur environnement quotidien et à construire un récit personnel sur leur ville, dans des lieux symbolique de la ville de Quito : le marché Iñaquito et le parc de la Carolina.

La circulation de Charles Thiefaine au sein du réseau a permis de toucher des territoires et publics variés. À Portoviejo et à Cuenca, il a présenté son travail lors de rencontres organisées par les Alliances Françaises, dans des collèges, universités et au sein des Alliances. À Quito, une rencontre exceptionnelle avec la photographe équatorienne Isadora Romero a offert l’occasion de confronter deux démarches artistiques et documentaires, ouvrant un dialogue stimulant sur les frontières entre photojournalisme, photographie documentaire et création contemporaine.

Cette sensibilisation apparaît d’autant plus nécessaire que l’exercice du journalisme s’inscrit dans un contexte de plus en plus fragile. Selon le Classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF), l’Équateur occupait la 94e place sur 180 pays en 2025. L’organisation souligne un climat croissant d’insécurité, d’autocensure et d’hostilité envers les journalistes. Au-delà de la découverte d’un travail artistique, cette programmation a permis d’interroger la manière dont se construit l’information. Dans un contexte médiatique dominé par l’instantanéité et la circulation rapide des contenus, le travail de Charles Thiefaine a rappelé l’importance du temps long : celui de l’enquête, de l’immersion, du reportage et du documentaire. Une réflexion particulièrement pertinente en Équateur, où l’éducation aux médias demeure une notion relativement récente et où les métiers du journalisme peinent encore à être pleinement valorisés.