À Ngaoundéré, la slameuse camerounaise Laoudji JAM a offert un spectacle vibrant à l’Alliance Française. Entre poésie scandée, musique et engagement, l’artiste a transformé la scène en tribune pour célébrer la force et la résilience des femmes, invitant le public à repenser leur place dans la société.
Le dernier week-end de janvier, l’antenne de l’Alliance Française de Garoua à Ngaoundéré, dans la région de l’Adamaoua s’est transformée en véritable scène de création et de réflexion. Devant un public venu nombreux, la slameuse Laoudji JAM y a présenté son spectacle « La Femme une Héroïne », une performance où la poésie se mêle à la musique pour raconter, questionner et célébrer la condition féminine.
Dès les premières notes, l’atmosphère se charge d’une énergie particulière. Les spectateurs se laissent porter par une voix douce, presque aérienne, que plusieurs décriront plus tard comme une « voix d’ange ». Mais derrière la douceur du timbre vocal et la beauté du décor, les mots frappent juste. La plume de l’artiste, précise et engagée, trace des portraits de femmes, raconte leurs combats et interroge les regards que la société pose encore sur elles.
Au fil du spectacle, Laoudji JAM déroule huit tableaux sonores soigneusement construits. Chacun devient un fragment de récit ou le slam, art de la parole rythmée, se transforme en outil d’analyse et de témoignage. Sur scène, l’artiste ne se contente pas de déclamer. Elle raconte la vie, celle des femmes qui avancent, qui résistent et qui transforment leur environnement.
Quelle place accorde-t-on réellement aux femmes dans la société contemporaine ? Laoudji JAM ne tourne pas autour de la question. Elle s’attaque frontalement aux représentations qui continuent d’enfermer la femme dans un rôle unique, celui de femme au foyer. Sur scène, elle élève la voix. « La femme n’est pas uniquement celle qui entretient le foyer ; elle est celle qui construit la nation », lance-t-elle devant un public attentif. Dans ses textes, l’artiste défend une vision plus large et plus juste du rôle féminin. Elle évoque le droit à la parole, cette nécessité pour les femmes de sortir du silence et de participer pleinement à la vie sociale et politique. Elle rappelle aussi leur contribution économique, souvent discrète mais essentielle, dans les familles, les communautés et les marchés locaux. Enfin, elle parle d’héroïsme. Pas celui des récits mythiques, mais celui du quotidien. Celui des femmes qui avancent malgré les obstacles, les préjugés et les attentes imposées.
En intitulant son spectacle « La Femme une Héroïne », Laoudji JAM ne cherche pas à idéaliser la femme. Elle cherche à reconnaître sa valeur réelle, dans toutes les sphères de la société. Le choix du lieu n’est pas anodin. Le public présent ce soir-là à l’Alliance française mêle étudiants, artistes, enseignants et simples amateurs de culture. Les générations se croisent et se retrouvent autour d’une même écoute. Entre deux morceaux, certains spectateurs murmurent les vers, d’autres laissent simplement les mots résonner.
Les sonorités modernes du spectacle séduisent. Mais derrière le plaisir artistique, le message circule clairement. Le slam devient un outil de plaidoyer, une manière d’ouvrir le débat sans renoncer à la beauté des mots. Plusieurs partenaires ont soutenu l’événement, preuve que la thématique abordée dépasse largement la scène artistique et rejoint les préoccupations contemporaines liées au développement et à l’égalité des chances.
Avec « La Femme une Héroïne », Laoudji JAM franchit une étape dans son parcours. La slameuse ne se présente plus seulement comme une artiste de scène. Elle s’impose peu à peu comme une voix engagée du paysage culturel camerounais.

