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«Maths with a french touch» ou comment l’Alliance Française de Calcutta accueille le mathématicien à l’Araignée

Calcutta a accueilli Cédric Villani du 26 au 31 août derniers. Il s’agissait pour le professeur de mathématiques français, aujourd’hui directeur de l’Institut Poincaré à Paris et enseignant à l’Université Lyon 1, de son second séjour en Inde après son passage à Hyderabad en 2010, pour y recevoir l’équivalent du prix Nobel de mathématiques, la médaille Fields.

Depuis, Cédric Villani est devenu le meilleur des ambassadeurs pour les mathématiques à travers le monde ; ses vidéos sur Youtube comptent pour plusieurs d’entre elles des centaines de milliers de consultations et prouvent ce qu’il a répété au cours de son séjour : « les mathématiques sont sexy ! ».

Cédric Villani était l’invité de  l’Institut indien des Statistiques (Indian Statistical Institute),  et son accueil dans la capitale bengalie mérite d’être relevé.

La première rencontre a eu lieu dans un amphithéâtre bondé de l’ISI, autour d’une conférence intitulée « à propos des triangles, des gaz, des prix et des homme » ; devant l’affluence inattendue, des écrans de télévisions ont été installés au dernier moment dans les couloirs pour permettre aux fans malchanceux ou retardataires d’assister à la conférence, sinon en direct du moins à quelques mètres.

Bien entendu, si la réputation internationale du mathématicien explique cet engouement, c’est tout autant son charisme sur scène et son empathie avec le public que le caractère particulier de la Calcutta qui éclairent le succès tant médiatique que populaire du séjour de cet ambassadeur de l’excellence scientifique à la française.

« Foule », « fan », « scène » : un champ lexical généralement peu employé pour décrire des conférences sur l’équation de Boltzmann ou la géométrie riemannienne… et pourtant la visite de Cédric Villani à Calcutta  relève autant de la diplomatie d’influence que du vedettetariat : rarement une star française du cinéma ou de la musique a signé autant d’autographes et posé pour des selfies que ce scientifique.

A Calcutta, comme indiqué en exergue, c’est l’accueil qui a été fait au professeur Villani qui mérite d’être relevé : le quotidien de langue anglaise le plus lu à Calcutta [1], The Telegraph, lui a consacré sa Une le samedi 27 août et un numéro spécial de son supplément Célébrités du même week-end, en titrant le reportage : le Lady Gaga des Mathématiques… Pour conduire ces interviews et reportages, le journal avait fait venir depuis Madras son correspondant scientifique national, qui l’avait rencontré quelques années plus tôt à Bangalore, lors de la remise de la médaille Fields.

Le séjour de Cédric Villani s’est articulé d’abord autour d’interventions, soit en direction du grand public avec des conférences de vulgarisation scientifique (« le public doit prendre autant de plaisir que s’il allait voir un film au cinéma, je joue donc avec lui , je lui raconte des histoires, des histoires de personnes, de projets, d’idée»), soit en direction de professeurs et étudiants d’une partie des dix-sept universités et autres établissements d’éducation supérieure qui jalonnent la ville et sa périphérie, ensuite autour de rencontres avec les directions scientifiques et les relations internationales de ces mêmes institutions, toutes désireuses de développer des échanges avec la France dans le domaine de la recherche et de la science, et cela sans forcément prendre en compte le classement de Shanghai…

Cédric Villani a également souhaité découvrir la ville de Calcutta et ses environs. Il a passé son dimanche à visiter l’ancien comptoir français de Chandernagor, où encore une fois sa renommée et son charme excentrique lui ont permis de conquérir les cœurs de cette ville assoupie au bord du Gange.

Passionné de piano, il a pu assister lors de sa dernière soirée dans la capitale bengalie au concert du pianiste français Maxime Zecchini, donné là aussi devant une salle comble ; il aura même pris le temps de présenter, à la demande du public, pourquoi selon lui « les mathématiques et la musique sont complices ».

La dernière anecdote apporte une belle conclusion à cette rencontre improbable entre un mathématicien hors norme et une ville que l’on imagine endormie parce que jugée simplement, trop souvent et trop vite, à l’aulne des réussites économique des autres mégalopoles indiennes.

En effet s’il faut prendre en compte son activité économique et notamment industrielle, certes en berne, ce serait insulter l’avenir [2] que d’ignorer son potentiel intellectuel : la capitale du Bengale occidental n’est pas sinistrée, loin de là, puisqu’elle reste le vivier dans lequel tant la Silicon Valley indienne que l’administration du pays puisent en grande partie leurs ingénieurs, leurs professeurs et leurs hauts fonctionnaires.

Calcutta reste la Capitale où le Savoir et la Culture ne sont pas encore des archaïsmes encombrants, voire des gros mots ; ces deux notions pourraient au contraire constituer dans l’avenir les piliers d’une deuxième Renaissance de cet État qui vient d’ailleurs de retrouver son nom traditionnel de Bengale, en laissant tomber son adjectif plus historique que géographique.

Dans cette ville de quinze millions d’habitants, alors que j’accompagnais Cédric Villani pour une découverte du marché couvert de NewMarket, un homme s’arrête et prend la main de notre mathématicien et lui déclare « you are French, you are scientist ; I am proud you visited Calcutta ».

[1]  avec une moyenne de 470 000 numéros imprimés chaque jour
[2] … et que dire du passé…

Stéphane Amalir, directeur, Alliance Française du Bengale 


Crédit photo : Stéphane Amalir