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INTERVIEW – Mme Milburga Atcero, présidente Alliance française de Kampala, Ouganda

Dans le cadre de la Journée internationale des Femmes 2016, nous avons demandé à des femmes issues des 5 continents au sein des Alliances françaises d’évoquer leurs parcours professionnels et leur ressenti en tant que femmes par rapport à leurs fonctions.

 

INTERVIEW

Mme Milburga Atcero

présidente Alliance française de Kampala, Ouganda

 

Mme Atcero vient d’être nommée membre  du comité scientifique pour Synergies Afrique des Grands Lacs depuis le 11 février 2016.

 

  • Qu’est-ce qui vous a amené à prendre les fonctions de présidente à l’Alliance française de Kampala et depuis combien de temps ?

A l’époque où j’ai découvert l’Alliance française de Kampala, elle était, et est aujourd’hui plus que jamais, un lieu de rencontres convivial, un lieu organisant beaucoup d’activités culturelles. De nombreux concours (d’éloquence, d’expressions écrite, dictées, etc.), qui attiraient les apprenants des écoles secondaires y étaient organisés.

Les rencontres autour de ces activités m’ont rapprochée de l’Alliance, que je trouvais très attractives. Mes apprenants de français ont pu participer et bénéficier des activités culturelles, des sorties culturelles, de fêtes de la francophonie, auxquelles ne manquait jamais la soirée gastronomique, des expositions, etc. À l’occasion de ces diverses rencontres, j’ai découvert les valeurs d’amitié, de respect et de partage, qui fondent toutes les Alliances françaises du monde.

Dans mes différents rôles au sein de l’association des professeurs de français en Ouganda, pendant 10 ans, j’ai été amenée à m’investir dans la promotion et la diffusion de la langue et de la culture françaises en Ouganda. Je me suis toujours battue pour leur place dans l’enseignement secondaire. Ce faisant, j’ai encouragé beaucoup de mes apprenants à s’intéresser aux programmes linguistiques et culturels offerts par l’Alliance française de Kampala en vue d’améliorer leur niveau. Ces combats m’ont ouvert à l’Alliance française de Kampala.

Au cours de mes voyages académiques, j’ai eu l’occasion de me rendre dans des Alliances françaises, comme les Alliances françaises de Nairobi et de Dar Es Salam. J’ai ainsi pu rencontrer des collègues qui étaient à la fois présidents d’association et membres des conseils d’administration de ces Alliances.

Ainsi, un jour de l’année 2006, l’ambassadeur de France en Ouganda, à qui je tiens à rendre hommage, m’a sollicité pour que je me présente aux élections de l’Alliance française de Kampala, afin d’en devenir membre du conseil d’administration. J’ai accepté avec beaucoup d’enthousiasme, car il était devenu tout à fait légitime et juste que je m’y intéresse. Depuis lors, je me suis régulièrement présentée aux élections de cette Alliance, qui est un formidable réseau de rencontres, toujours très conviviales. Aujourd’hui, ensemble, avec son directeur, très dynamique, son équipe très active et son conseil d’administration toujours très assidu, nous continuons à développer de nombreux projets, au service de ce formidable établissement.

  • Des projets importants sont-ils prévus ?

Parvenir à construire, dans les années à venir, un bâtiment dont l’AFK sera propriétaire.

À titre personnel, j’ai aussi un grand projet : j’ai présenté ma candidature à la vice-présidence de la FIPF, dont les élections auront lieu en juillet 2016, à Liège.

 

  • Revenons à la Journée internationale de la Femme. Dans votre carrière, avez-vous parfois considéré votre féminité comme un obstacle ?

Il va sans dire que le facteur « culturel » est source de nombreux obstacles pour les femmes. Mais il y a aussi le manque de confiance et d’ambition de la part de beaucoup d’entre elles, éléments facteurs d’inhibition dans leurs vies professionnelles. Je ne voudrais pas prétendre être un cas exceptionnel, mais en tant qu’individu, je me bats beaucoup contre certains de ces facteurs et j’y arrive. En tout état de cause, dans ma carrière, je me bats pour avoir ma place. Je vais de l’avant avec beaucoup d’agressivité, dans le bon sens du terme, pour atteindre ce à quoi j’aspire et ambitionne ; et j’y arrive la plus part du temps. J’ose beaucoup, mais je sais que beaucoup de femmes ne veulent pas tenter ; c’est ainsi qu’elles ne sont pas prises en considération. Parlant du monde professionnel, pour moi, il suffit d’avoir les compétences nécessaires et de s’appuyer sur celles-ci, pour être en mesure de s’affirmer. Il ne faut jamais abandonner la lutte afin de pouvoir faire sa place dans la société.

 

  • Que pensez-vous de cette Journée  internationale de la femme ?

La Journée internationale de la femme est pour moi une occasion de se réjouir et de célébrer la femme. Mais au-delà de cela, c’est l’occasion de rendre compte et de mettre en avant les réalisations des femmes sur les cinq continents. C’est aussi une excellente occasion pour dénoncer les discriminations dont elles sont victimes et réfléchir aux handicaps que les femmes doivent en permanence surmonter, en raison de leur condition, et aux solutions à mettre en œuvre pour remédier à cela.

 

  • Cette journée, est-elle célébrée en Ouganda ?

Oui. Par exemple, à la Makerere University Business School (MUBS), où je travaille, la Journée internationale de la femme a été célébrée l’an dernier par l’organisation « Forum des femmes de MUBS ». Les activités proposées ont été l’occasion de mettre à l’honneur les succès des femmes dans la société contemporaine, en insistant sur leurs réalisations et la façon dont elles peuvent influencer les autres femmes.

 

  • L’Alliance française organise-t-elle des manifestations particulières ce jour-là ?

Oui, chaque année, l’Alliance française de Kampala, en partenariat avec d’autres organisations, locales et internationales, ne manque pas de célébrer cette Journée. Elle est généralement organisée autour d’un thème, qui sert de fil rouge autour duquel différentes activités sont réalisées : débats, conférences, expositions…

 

  • Quelle est la proportion hommes/femmes dans le personnel ?

Le personnel permanent est composé de 8 femmes et 3 hommes. Quant aux enseignants, sur la quarantaine de professeurs intervenant chaque année, les femmes représentent la moitié de l’effectif.

 

  • L’Alliance française de Kampala joue-t-elle un rôle pour l’autonomisation des femmes ?

Oui. D’abord en interne, en appliquant strictement des règles de fonctionnement non discriminatoires. Et dans le cadre des projets qu’elle met en œuvre, seule ou en partenariat avec d’autres organisations (dont ONU Femmes, l’Association ougandaise de femmes écrivains, etc.), projets traitant justement des violences et discriminations dont elles sont victimes. Et aussi projets mettant à l’honneur les réalisations des femmes.

 

  • Si vous deviez choisir un événement majeur dans la lutte pour l’égalité entre homme et femme, lequel serait-il ?

« La Justice pour tous ». Dans le monde contemporain, la justice est souvent inégale ou impartiale. Je souhaiterais pouvoir voir une justice essayant d’être égale pour tous, même pour celles et ceux disposant de très faibles moyens, et sans formation scolaire. L’autonomisation des femmes en matière de TIC et d’entrepreneuriat.

 

  • Pour vous, quelle femme contemporaine pourrait devenir l’emblème du 8 mars ?

Mme Julia Sebutinde, symbole d’une femme qui se bat pour le respect de la justice. En 1996, elle est devenue juge à la Haute Cour d’Ouganda, où elle a présidé, entre autres choses, trois commissions chargées d’enquêter sur la corruption et les irrégularités dans la police ougandaise, dans les forces armées, ainsi qu’au sein de l’administration fiscale du pays. Son travail au sein de ces commissions a débouché sur des réformes majeures visant à combattre et à éliminer la corruption des institutions du pays. Élue en 2011 juge de Cour internationale de justice, et prenant ses fonctions en 2012, elle a alors abandonné toutes ses autres fonctions, afin de se consacrer entièrement à ses nouvelles responsabilités. En outre, Julia Sebutinde est la première femme africaine à siéger au sein de cette Cour internationale de justice.

 

  • Que pensez-vous de la condition de la femme dans votre pays ?

La femme de mon pays a encore des difficultés énormes à surmonter. Elle est marginalisée à tous niveaux. Parmi ces difficultés, citons l’absence d’accès aux soins médicaux et, tout simplement, l’absence d’accès à l’eau potable. Je veux aussi insister sur les difficultés liées au travail. Elle souffre toujours, au regard des hommes, de discrimination en la matière, occupant des emplois plus faiblement qualifiés, précaires et sous-payés.

 

Propos recueillis par Florence Castel, Communication, Fondation AF