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Portraits

Dans le cadre de la Journée internationale des Femmes 2016, rencontre avec Teophana Bradinska, directrice de l’Alliance française de Plovdiv (Bulgarie)

Dans le cadre de la Journée internationale des Femmes 2016, nous avons demandé à des femmes issues des 5 continents au sein des Alliances françaises d’évoquer leurs parcours professionnels et leur ressenti en tant que femmes par rapport à leurs fonctions.

 

Europe

Teophana Bradinska

directrice, Alliance française de Plovdiv

 

Un parcours atypique. Diplômée d’une Maîtrise du français, Teophana Bradinska venait d’obtenir un poste de guide et interprète assermentée pour les délégations officielles auprès de la mairie de Plovdiv quand, en 1989,  elle a eu l’occasion de traduire et guider la visite de François Mitterrand, alors président de la République française. C’était à quelques semaines de la chute du mur de Berlin. Plovdiv avec sa vieille ville, était alors la vitrine culturelle du pays.  Elle fut frappée par le magnétisme du président qui la complimenta sur son excellent français. En 1991, le conseiller culturel de l’Ambassade de France, annonça la réouverture des Alliances françaises en Bulgarie et l’ouverture du centre culturel français de Sofia, décisions prises suite à la visite présidentielle. Elle fut invitée à prendre part de cette nouvelle page de d’histoire.  « Je restai perplexe. J’eus tort de ne pas y croire tout de suite. En 1991 je me suis engagée dans une aventure pour la vie…  » Le premier délégué général de l’Alliance française de Paris en Bulgarie est arrivé à Plovdiv comme directeur,  et après un concours d’entrée, Mme Bradinska a été la première employée embauchée par la délégation générale, en tant qu’assistante de direction. « J’ai eu la chance de contribuer à la renaissance et à la reconstruction de tout le réseau des Alliances françaises dans mon pays, un travail plein de défis, porteur d’une riche et inestimable expérience : un monde nouveau à découvrir, une belle cause francophone à défendre« .

Mme Bradinska a ensuite continué de se former en suivant plusieurs stages de spécialisation à l’Alliance française de Paris et au Touquet, en obtenant un diplôme en didactique et management des activités socio-culturelles de l’Université de Montréal. Pendant toute cette période elle a pu collaborer avec les directeurs du réseau, apprendre sur le terrain, cultiver et développer des aptitudes nouvelles. La variété du travail, la  polyvalence de ses tâches en tant qu’assistante du délégué général, les rencontres passionnantes avec des intellectuels, la liberté de réaliser des initiatives et des projets culturels, tout cela la motivait. « Je m’appliquais et formais ma conscience francophone. Dans une Alliance française on ne s’ennuie jamais, il suffit d’avoir des idées, d’avoir envie de les concrétiser et le courage de combattre et de surmonter toutes les difficultés pour atteindre leur réalisation. En 2005 la délégation générale de l’Alliance française de Paris choisit de faire mon portrait pour servir de pilote à la série « Par Alliance » qui doit promouvoir, en France sur TF1 et FR3 et à travers le monde sur TV5, le rôle joué par les Alliances  pour le rayonnement du français et de sa culture. En février 2007 je suis décorée des Palmes Académiques de la République française. En septembre de la même année, pour des raisons financières, le poste du directeur détaché de l’Alliance est supprimé mais l’Alliance était déjà devenue mon destin, ma vie, ma passion. Je ne pouvais plus vivre sans son rythme effréné, sans ses contacts intensifs avec les gens, le public, les membres… »

RENCONTRE

Depuis combien de temps êtes-vous directrice de l’Alliance française de Plovdiv et qu’est-ce qui vous a amené à prendre ces fonctions ?

Avec l’expérience et les connaissances indispensables acquises durant mes années d’assistante du délégué général et forte de mon investissement personnel et des formations offertes par la France, j’étais prête à assurer d’autres fonctions. J’ai donc accepté, en 2007, le poste de directrice de l’Alliance de Plovdiv pour pérenniser et poursuivre le développement de cette institution aujourd’hui incontournable dans le paysage culturel bulgare. A cette charge s’est ajoutée, en 2011, celle de Consul honoraire de France.

Après la chute du mur de Berlin, j’avais participé à la résurrection de l’Alliance de Plovdiv et de tout le réseau bulgare. Avec une telle expérience, c’était tout à fait naturel. Pendant les années précédentes j’avais même fait des recherches dans les archives bulgares et ensuite publié des articles sur l’histoire du réseau des Alliances en Bulgarie de 1904 jusqu’à leur dissolution en 1948. La vie à l’Alliance  était devenue mon destin. Pour moi ce n’est pas du travail, c’est un réel plaisir. J’y trouve une satisfaction qui me motive et m’encourage à persévérer pour réussir. J’essaie de continuer à gérer comme le ferait un bon directeur français, de garder le même rythme de travail, d’avoir les mêmes exigences, la même façon de diriger une équipe qui m’est devenue tellement familière pendant toutes ces années. Comme nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir trop de personnel, nous travaillons toujours avec des bénévoles et des stagiaires. J’essaie, tout en innovant, de ne pas changer les bonnes méthodes apprises. Avec le temps, j’ai réussi à élargir le cercle des partenaires de l’AF. Avec toute cette expérience, je voudrais contribuer à la consolidation et au développement de notre Alliance Française. J’espère vraiment être utile et rendre service à la France pour la remercier de ce qu’elle m’a donné et de l’ascension  sociale qu’elle m’a offerte.

Vous défendez la francophonie, la langue et la culture françaises ont-elles influencé votre vie ?

C’est un choix personnel que j’avais fait en me consacrant à la cause francophone et cela vient du cœur. Je fais tout avec beaucoup d’énergie et je suis heureuse de pouvoir le faire. Depuis 2011 j’ai donc aussi le titre de Consul honoraire de France à Plovdiv qui est une grande reconnaissance de mon travail et de mes efforts pour élargir le pont entre la France et la Bulgarie. A Plovdiv il y a dix Consulats Honoraires, dont la France. Une des priorités du développement de la ville c’est le tourisme. Le flux de touristes français augmente, pour 2015 c’est une croissance de 11%, il ne faut pas oublier que Plovdiv est à 400 km d’Istanbul. En 2019 elle sera même Capitale Européenne de la Culture. Je suis très sollicitée pour divers conseils pratiques liés à la vie locale. Plovdiv se fait connaître de plus en plus. On peut noter une nouvelle tendance avec des sociétés installées en Roumanie dans le domaine de l’agriculture et du commerce qui viennent à Plovdiv qui est aussi une région agricole grâce à la vallée de la Thrace, très fertile. Elles y envoient leurs représentants avec pour mission l’ouverture éventuelle d’une filiale et c’est tout naturellement à L’Alliance qu’elles aboutissent. Je les aide dans leurs contacts avec leurs interlocuteurs locaux et dans leur implantation. L’Alliance Française leur propose des cours de bulgare pour améliorer leur efficacité sur le terrain. Cela fait plaisir de leur entendre dire que rendre visite à l’AF est la première chose à faire quand on arrive à Plovdiv. Le Consulat honoraire est le lieu où on trouve des solutions à tous les problèmes. Cela veut dire qu’on est utile, que notre rôle dans les échanges augmente, que l’on gagne en visibilité et peut-être, que l’on trouve de nouveaux partenaires financiers pour l’Alliance Française. En 2013 j’ai participé à Paris à la célèbre émission «Questions pour un champion», édition spéciale Francophonie «Langue française ». De 21 pays sélectionnés à participer à cette édition, je suis arrivée à la petite finale. J’ai vécu une expérience et une émotion inoubliables. Une ambiance amicale régnait partout. Je suis à tout jamais marquée par ce sentiment de faire partie d’une grande famille – la famille francophone.

Pouvez-vous nous parler en quelques mots de votre Alliance ?

L’Alliance de Plovdiv est la première à avoir été recréée en 1991 après la chute du régime totalitaire. C’est une Alliance qui a son histoire avec ses différentes périodes, des hauts et des bas… Depuis 2006, déjà dix ans, elle occupe de beaux et modernes locaux du centre-ville, tout près du Palais de la Culture où se passe notre Festival de la chanson «Clef d’or». Depuis 2011 elle abrite aussi le Consulat Honoraire de France qui augmente encore plus sa visibilité. Le drapeau français accroché à la façade indique à tout le monde l’emplacement de « l’île française », comme nous appellent gentiment les Plovdiviens. L’enseignement du français est un des domaines privilégiés avec une large offre de cours allant des cours de français dits «généraux» à des cours FOS, à l’intention des Bulgares se préparant à l’expatriation, en passant par la préparation au DELF et DALF. Des professeurs, très motivés, choisis pour leurs compétences assurent ces formations de qualité ouvrant sur la possibilité d’une certification reconnue au niveau international. Malgré toutes les difficultés de la situation actuelle et travaillant dans un milieu très concurrentiel à Plovdiv, nous réussissons à garder, quand même, un niveau relativement bon, du nombre d’apprenants de français. Cela est dû à beaucoup, beaucoup d’efforts et un savoir-faire en communication. L’Alliance, par l’enseignement du français, offre une possibilité de liberté de choix pour une meilleure réussite. Ce n’est pas un hasard si notre slogan est « Le succès parle français ». Bien sûr, je suis appuyée dans mon travail par l’ambassade de France et son service culturel et éducatif. Les bons rapports et l’attention bienveillante du conseiller culturel et des autres responsables pour Plovdiv nous motivent et facilitent notre travail. Avoir aussi un  président exceptionnel, ayant une bonne position dans la société, tout cela contribue énormément à l’image de l’Alliance et nous ouvre beaucoup de portes pour le rayonnement de nos activités. L’Alliance de Plovdiv a une place incontournable dans la vie culturelle de la ville qui sera donc Capitale culturelle européenne en 2019. L’événement phare et, en quelque sorte la marque de l’Alliance de Plovdiv, c’est le Festival International de la chanson francophone «Clef d’or» qui, depuis déjà 13 ans, fait partie du calendrier culturel municipal. Grâce à la «Clef d’or», l’Alliance française est présente toute l’année dans les établissements scolaires et les médias puisqu’il se déroule en plusieurs étapes, de la sélection des participants au concours national à travers tout le pays. Grâce aux partenariats  avec les Alliances de Brasov en Roumanie, de Banska Bistriţa en Slovaquie, de La Haye des Pays-Bas, bientôt d’Erevan en Arménie, et leurs festivals de la chanson francophone, l’évènement de Plovdiv devient  une rencontre internationale des cultures  avec une grande visibilité. Ce festival annuel a tout autant contribué à faire briller notre  Alliance Française en Bulgarie que la Bulgarie dans le monde, puisque nous avons fait à plusieurs reprises des échanges avec l’alliance de Bombay. Il reçoit un appui inconditionnel des autorités locales, nationales et des médias.

Avez-vous parfois ressenti que votre féminité avait pu être un obstacle dans votre vie professionnelle ?
Ce n’est jamais un obstacle pour moi. Dans le contexte où je travaille en Europe,  cela pourrait même, parfois, être un avantage. Je veux dire qu’une femme entreprenante, volontaire, diplomate et convaincante peut toujours plus facilement négocier et régler des situations difficiles.
Que pensez-vous de la célébration de cette journée à travers le monde ?

Je pense que c’est une belle journée qu’il faut célébrer, d’autant plus qu’en Bulgarie ce jour correspond aussi à la fête des mères ce qui ajoute encore plus de sens et de valeur à cette belle date.

D’après vous, la situation des femmes dans le monde s’est-elle améliorée ou détériorée ces dernières années ? En Bulgarie ?
C’est toujours autour du 8 mars qu’on se met à réfléchir et à parler de la condition féminine. Même en Bulgarie, pourtant un pays européen, selon les dernières statistiques, une femme sur cinq est victime d’une forme de violence. Ce n’est que pendant les dernières années que des associations sont apparues. Leur objectif est d’essayer de protéger les femmes victimes de violences et de leur offrir des aides psychologique et juridique. Souvent les femmes n’osent pas parler, de leurs cas. Elles ont honte, et n’osent pas avouer de peur d’éventuelles conséquences. Je pense pourtant que plus on parle de ces problèmes plus il y a de chances de trouver des solutions.
Organisez-vous des animations particulières dans votre Alliance pour cette journée internationale de la Femme ?

C’est une belle journée qui se tient sous le symbole des fleurs. Toute la journée c’est une succession de personnes, essentiellement des hommes, qui viennent à l’Alliance pour nous saluer et nous en offrir. C’est très sympathique quand les étudiants passent nous voir avec des fleurs, c’est aussi le signe de l’arrivée du printemps et de la renaissance de la nature.

Quelle est la proportion hommes/femmes dans votre Alliance (personnel et étudiants) ?
Notre équipe est toute petite et nous travaillons avec des bénévoles et des stagiaires. Peut-être, à cause de la nature du travail, ce sont les femmes les plus nombreuses. La situation est identique chez les étudiants. Nous avons plus de femmes qui souhaitent apprendre le français que d’hommes.

Si vous étiez un homme, une seule journée, que feriez-vous ?
Une femme a toujours plus d’obligations quotidiennes qu’un homme, alors imaginer que pour une journée je sois un homme, ce serait en quelque sorte avoir une pause… J’aurais peut-être plus de temps libre pour m’amuser, me détendre et faire la fête… Dans la direction d’une Alliance il n’y a pas de différence. Que l’on soit homme ou femme, le travail est le même et il est chronophage !

Pour terminer, quelle femme, pour vous, pourrait devenir l’emblème du 8 mars ?

Je ne voudrais pas répondre à cette question par des clichés. Il y a certainement beaucoup de femmes dans le monde qui seraient dignes d’être l’emblème du 8 mars, mais pour moi personnellement, ce serait ma mère. C’est elle qui m’a tout donné !

Propos recueillis par Florence Castel, communication, Fondation AF, février 2016