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Dans le cadre de la Journée internationale des Femmes 2016, rencontre avec Joana Collomb, coordinatrice FLE à l’Alliance française de Port Vila (Vanuatu)

Dans le cadre de la Journée internationale des Femmes 2016, nous avons demandé à des femmes issues des 5 continents au sein des Alliances françaises d’évoquer leurs parcours professionnels et leur ressenti en tant que femmes par rapport à leurs fonctions.

 

 OCÉANIE

Joana Collomb

coordinatrice Français langue étrangère (FLE)

à l’Alliance française de de Port Vila (Vanuatu)

 

Vous êtes coordinatrice de l’Alliance française de Port Vila, pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

J’ai arrêté mes études après le bac, j’ai travaillé presque deux ans en France dans un restaurant, je faisais aussi de l’aide aux devoirs. Puis, à 20 ans, je suis partie en Polynésie française. J’y ai exercé divers emplois : serveuse, gérante de galerie d’Art/Bijouterie, secrétaire, mécanicienne à mi-temps, commerciale pour une société de déménagement, aide-comptable pour une experte comptable. Je cumulais les mi-temps, les temps pleins et surtout les CDD…
En août 2009, au cours d’un de mes voyages, je suis rentrée en France.  Ma mère – professeure des écoles – m’a parlé d’une de ses collègues qui avait passé le DAEFLE et qui était partie pour l’Allemagne et travaillait alors comme enseignante de FLE.
Je me suis renseignée auprès de la Fondation Alliance française et le test d’entrée se faisait à La Rochelle, lieu de résidence de mes parents, en novembre, je n’avais donc que quelques mois à attendre.
Pour faire passer le temps et afin d’être sûre que cette voie était la bonne, j’ai fait du volontariat dans un organisme rochelais qui donnait des cours de FLE aux primo-arrivants. On m’a très vite laissé prendre en charge des petits groupes. J’ai adoré !
J’ai pu commencer ma formation via le CNED en février 2010, je travaillais en parallèle dans une école maternelle et ai passé le test final le 8 décembre de la même année.
Je suis ensuite retournée en Polynésie où j’ai monté ma petite société de cours de FLE. J’étais, la majorité du temps, sous-traitante pour une association qui s’occupait d’enfants en échec scolaire et/ou social, puis j’ai été recrutée par un parent, assez fortuné, pour faire du tutorat…Bref, je m’éloignais doucement de mon projet, celui de travailler en Alliance française.
En août 2011, j’ai vu une annonce pour un stage à l’Alliance française de Port-Vila, j’ai postulé, j’ai eu une réponse positive dans l’après-midi, et 3 semaines plus tard, j’y étais !

Comment vit-on l’expatriation au bout du monde ?

Mon expatriation au début était plutôt une fuite puis c’est devenu un choix de vie. Le plus difficile pour moi c’est de passer à côté de la famille et des événements familiaux. Ce qui me manque aussi, ce sont les fromages français !

Depuis combien de temps êtes-vous coordinatrice de l’Alliance française  et qu’est-ce qui vous a amenée à prendre ces fonctions ?

Je suis coordinatrice pédagogique et enseignante depuis janvier 2012. Je crois que je me trouvais au bon endroit au bon moment. J’ai aussi de la chance d’avoir un directeur, Georges Cumbo, qui a vu en moi un potentiel et m’a tout de suite fait confiance. Il  me semble qu’il a toujours plus cru en mes capacités que moi-même !

Pouvez-vous nous parler en quelques mots de votre Alliance ?

L’Alliance française de Port-Vila est une petite Alliance sympathique et familiale qui est également un centre culturel très vivant. On enregistre  entre 600 et 800 étudiants chaque année.

On se remet doucement des dégâts causés par le cyclone PAM, le 13 mars 2015. Le but principal jusque-là était de retrouver une stabilité au niveau des inscriptions.

Cette année, nous prévoyons d’échanger plus avec les Alliances françaises du Pacifique, notamment d’Australie, et de mettre en place un questionnaire qui nous permettra de connaître les attentes des étudiants afin d’améliorer les services déjà existants : ateliers, médiathèque étudiante, plateforme et suivi en ligne.

Pour revenir à la Journée internationale des Femmes. Le fait d’être une femme a-t-il été un frein à un moment donné dans votre carrière professionnelle ?

J’ai beaucoup plus souvent travaillé dans des environnements féminins que masculins, même dans les déménagements : il y avait 18 employés dont 4 hommes ! Donc je ne pense pas qu’être une femme ait été un frein.

Mais il est vrai que je suis tombée à plusieurs reprises sur des employeurs ou des collègues irrespectueux ou clairement misogynes et j’en ai beaucoup souffert.

Au Vanuatu, j’avoue qu’être acceptée a été un processus assez long. Il a fallu au moins 3 ans pour que certaines personnes se rendent compte que je n’étais pas la secrétaire ou viennent me voir directement sans passer par le directeur.

Que pensez-vous de cette Journée à travers le monde ?

Je pense qu’elle est importante, pour rappeler au monde que nous existons et que nous avons des droits et ce devrait être la Journée internationale des Femmes tous les jours !

Mais en réalité, je suis beaucoup plus attachée à la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre.

Comment est la situation des femmes au Vanuatu ?

Je vis dans la capitale et certaines choses sont différentes et changent plus vite que dans les îles. Je dirais que les femmes mènent le pays. Ce sont les piliers de la société. Leurs fonctions sont très diverses, elles travaillent, s’occupent de l’entretien et de l’éducation des enfants, des tâches domestiques, alimentaires, du support psychologique de la famille et du travail aux champs. Mais elles évoluent dans une société patriarcale traditionnelle très forte. Elles sont, de manière générale, marginalisées et victimes de violences physiques, morales et sexuelles. Elles ont été longtemps écartées des sphères sociales, économiques et politiques. Elles avaient rarement le droit à la parole et le droit de prendre des décisions importantes, certaines sont encore déscolarisées très jeunes pour être mariées. Comme je le disais, il y a du changement : au niveau de la municipalité de Port-Vila, il y a un quota de femmes à respecter, ainsi qu’un quota national pour les bourses aux études supérieures, il y a aussi des femmes responsables de services importants, comme par exemple au Bureau de gestion des catastrophes naturelles et aussi au sein même du gouvernement.

Si vous deviez choisir un événement majeur dans la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes, lequel serait-il ?

En France, lorsque le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes « dans tous les domaines » s’est retrouvé inscrit dans le préambule de la Constitution, en 1946 et que la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » a pris tout son sens.

Organisez-vous des animations particulières à l’Alliance pour cette Journée du 8  mars ?

Nous organisons un repas avec des dames « importantes » du pays puis le soir une exposition avec les artistes féminins. Il y a aussi une performance proposée par l’association des femmes du marché.

Quelle est la proportion hommes/femmes dans votre Alliance ?

Le ratio hommes/femmes est le même au niveau du personnel que de nos étudiants, nous avons deux fois plus de femmes que d’hommes.

Dans la peau d’un homme pendant une journée, que feriez-vous ?

Cela dépendrait de l’homme… Mais si c’est un gars sympa, je dirais… la même chose que d’habitude : aller surfer, voir mes amis, m’occuper des mes animaux et travailler.

Quelles sont les femmes qui vous inspirent le plus ?

Alexandra David-Néel parce qu’elle a vécu 101 ans et un siècle de voyages. Elle était experte du Tibet, journaliste, féministe, chanteuse d’opéra, anarchiste, penseuse et exploratrice… Puis toutes les femmes qui, en groupe ou seules, ont changé le futur des femmes de la génération suivante, comme par exemple Marie Curie, Anne Chopinet, Ellen O’neall, Isabel Letham, Antoinette Fouque, Simone Weil…
Puis toutes celles qui  se battent tous les jours pour survivre, pour leur famille, pour leurs droits. Toutes les mères. Toutes celles qui ont une histoire. Bref, la liste n’est pas exhaustive, les femmes sont formidables !

Février 2016 – propos recueillis par Florence Castel, Fondation AF