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Portraits

Dans le cadre de la Journée internationale des Femmes, rencontre avec Josette Marsh, présidente de la Fédération des Alliances françaises aux États-Unis

Dans le cadre de la Journée internationale des Femmes 2016, nous avons demandé à des femmes issues des 5 continents au sein des Alliances françaises d’évoquer leurs parcours professionnels et leur ressenti en tant que femmes par rapport à leurs fonctions.

 

Josette Marsh

présidente de la Fédération des Alliances françaises aux États-Unis

et présidente de l’Alliance française de Hawaï

 

  • Femme très active, vous êtes, entre autres, présidente de la Fédération des Alliances françaises aux États-Unis, pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et ce qui vous a amenée à présider ce grand réseau américain des Alliances françaises (depuis combien de temps) ? Avant cela, quelle a été votre motivation pour devenir présidente de l’AF de Hawaï ?

Pendant ma carrière à Hawaï comme femme d’affaires (vente au détail et agent immobilier), j’étais tellement impliquée comme bénévole dans le travail d’intérêt public avec plusieurs organisations à but non-lucratif. Cependant, je ne savais rien de l’Alliance française avant que mon mari et moi nous soyons mariés à Paris. Grâce à la nécessité d’établir ma résidence requise par le gouvernement français pour ceux qui n’ont pas la nationalité française, j’ai habité dans le 3e arrondissement de Paris pendant six semaines avant notre mariage. C’est alors que j’ai réalisé que j’avais presque tout oublié de mon français appris à l’école secondaire lorsque que je le parlais presque couramment.

Quand je suis rentrée à Honolulu après le mariage, comme tant d’autres qui étudient comme adulte à l’Alliance française, je me suis inscrite pour réapprendre la langue française que j’aimais tant lorsque j’étais adolescente. Je suis devenue un membre assidu en participant aux nombreux dîners « à la fortune du pot » et autant d’activités que possible, et après un certain temps on m’a proposé de faire partie du conseil d’administration. Je faisais déjà partie de plusieurs autres conseils d’administration dans le domaine de la santé et j’ai pensé qu’il était temps de me consacrer à une organisation ayant pour mission la promotion de la culture générale. D’une chose à l’autre, j’ai eu l’honneur d’être désignée comme présidente en 2006.

En 2009, on m’a nommée au conseil d’administration de la Fédération des Alliances françaises aux États-Unis, et après quelques années comme secrétaire, je suis devenue présidente en octobre 2014. J’ai la chance de travailler avec des dirigeants de l’Alliance française qui servent comme membres du Conseil et consacrent leur énergie et leur temps  au succès du plus grand réseau de langue française. Mon travail avec l’Alliance française est l’une des expériences les plus enrichissantes de ma vie.

 

  • Vous portez un prénom français mais vous n’êtes pas française, comment la langue et la culture françaises ont-elles influencé votre vie ?

Quelle histoire ! Ma mère est née dans la concession française de Shanghai, et elle est allée au Couvent du Sacré Cœur de Jésus, une école fondée par deux religieuses françaises. C’est pour ça qu’elle parlait le français avant l’anglais quand elle était petite. Donc grâce à ma mère, je porte un prénom français et je suis allée également au Couvent du Sacré Cœur (à San Francisco). C’était à cette école internationale que j’ai commencé mes études en français qui m’ont ouvert un monde totalement nouveau, un monde de beauté donnant accès à une culture étrangère, dont tant de gens rêvent. J’ai  non seulement appris la langue française mais aussi ses traditions et les habitudes de la vie quotidienne française. Ces influences m’ont conduite à obtenir ma maîtrise de français et à vivre en France pour quelques mois chaque année.

 

  • Quels sont les événements dont vous êtes la plus fière depuis votre présidence au sein de la Fédération ?

Pendant la convention annuelle en 2015 à San Francisco, j’ai été témoin de la création du partenariat entre les représentants des Alliances qui sont venus de tout le pays. Les participants ont pu interagir avec leurs collègues d’une façon amicale et réciproquement profitable ainsi qu’acquérir des connaissances dans les ateliers et les groupes de discussion. C’est le témoignage de ce renforcement de la communication et de la coopération parmi les Alliances plutôt qu’un événement dont je suis très fière.

 

  • Que pensez-vous de cette journée dédiée aux femmes ?

Cela inclut toutes les femmes et non pas une partie de la population comme les mères. Pour moi c’est l’aspect le plus important de la Journée dédiée aux femmes : toutes les femmes sont célébrées quels que soient leur situation dans la vie, leur carrière, leur travail ou leur âge. C’est formidable !

 

  • Au cours de votre carrière professionnelle, le fait d’être une femme a-t-il eu une incidence sur l’évolution de votre carrière professionnelle ?

Lorsque j’ai travaillé comme responsable des achats pour un grand magasin puis une entreprise internationale de vente hors taxes, les deux comportaient une majorité de femmes en tant qu’acheteuses et dans l’immobilier il y a une majorité d’agents féminins plus que dans d’autres professions sans doute. On juge toujours différemment les hommes et les femmes sur leurs performances et leur succès dans toute profession. Mais je pense qu’on doit toujours faire de son mieux sans considération du genre. Ce sont des principes auxquels j’ai fortement adhéré pendant ma carrière professionnelle et je pense qu’ils ont été déterminants dans mes succès.

 

  • Si vous deviez choisir un événement majeur dans la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes, lequel serait-il ?

Aux États-Unis c’est certainement le droit de vote des femmes qui a été un événement marquant dans l’histoire de notre pays. Et surtout, je pense que ce sont les défis auxquels les femmes font face sur le marché du travail tout en étant des épouses et/ou des mères qui sont un combat quotidien auquel les hommes ne sont pas confrontés. Parfois elles doivent choisir entre les deux rôles, et c’est une discrimination regrettable contre les femmes.

 

  • D’après vous, la situation des femmes dans le monde s’est-elle améliorée ou détériorée ces dernières années ?

En ce qui me concerne, la reconnaissance des femmes à travers le monde qui ont contribué à la société de manière significative est d’une certaine façon une victoire pour toutes les femmes. Les dirigeantes dans les gouvernements telles que Margaret Thatcher, Madeleine Albright, Golda Meir et Indira Gandhi, les activistes politiques comme Aung San Suu Kyi, les militantes pour la paix comme Mère Teresa, les femmes qui ont reçues le prix Nobel, le prix Pulitzer, et la Médaille de la Liberté présidentielle américaine : toutes ces femmes représentent non seulement l’avancement des femmes dans la société mais le rôle significatif qu’elles jouent dans la société. Il est certain que le fait qu’Hilary Clinton puisse peut-être devenir la première femme élue à la présidence des États-Unis illustre le parcours déjà accompli par les femmes qui ont pu réussir dans le système politique américain dominé par les hommes.

 

  • Au 19ème siècle, le féminisme américain se confond avec la lutte pour les droits politiques, et c’est autour de cette lutte, autour des droits politiques, que va s’organiser toute l’action féministe. De votre point de vue, qu’en est-il aujourd’hui aux États-Unis ? Y-a-t-il encore beaucoup d’inégalités entre les femmes et les hommes ?

Malheureusement les femmes aux États-Unis gagnent moins que les hommes pour le même travail, mais avec l’adoption de la loi Lilly Ledbetter sur le salaire équitable par le Président Obama en 2009 qui interdit la discrimination par le salaire basé sur le genre, l’écart des salaires hommes/femmes sera éliminé.

Par contre, il y a plus de femmes qui sont en exercice à tous les niveaux du gouvernement, donc elles sont de bons exemples de l’avancement du statut de femmes américaines et le respect dont elles inspirent.

 

  • Pour terminer, pour vous quelle femme contemporaine pourrait devenir l’emblème du 8 mars ?

Puisque le peuple américain est très divers, à mon avis, il n’y a pas de seule femme qui peut représenter toutes les qualités d’une femme contemporaine. Toute femme qui est une épouse, une mère, une grand-mère, qui s’occupe de ses enfants et quelquefois de ses parents, et qui de surcroît a une carrière ou un emploi dont dépend sa famille, et parvient à consacrer du temps au service de la collectivité comme bénévole, doit être célébrée le 8 mars. On n’a pas besoin d’un statut public pour être considérée comme une femme importante pour la société.

Propos recueillis par Florence Castel – Communication, Fondation AF, février 2016