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Portraits

Portrait : Jean-Yves CARNINO, directeur Alliance française d’Abou Dabi (Émirats Arabes Unis)

  •  Quel a été votre parcours professionnel avant l’Alliance française ?

Mon parcours est assez atypique pour un directeur d’Alliance française. En effet mon histoire m’a d’abord porté sur les terrains de sports. J’étais un bon  élève assez dans les matières scientifiques et la voie semblait toute tracée pour des études supérieures, comme mes sœurs pour finir ingénieur comme mon père. Cependant, ma légère hyperactivité m’a fait dériver des bancs de l’école vers les stades. Je me suis donc écarté de la voie familiale et j’ai bouclé mes études de STAPS tout en travaillant comme moniteur de ski, de voile, maitre-nageur sauveteur pour finir professeur d’éducation physique à la Réunion (ma planche de surf avait également un peu dérivé vers le sud…). C’est là que j’ai fondé ma famille.

J’ai donc travaillé longtemps comme professeur en collège et lycée tout en m’investissant dans le secteur associatif, notamment dans des clubs de tennis, comme entraineur mais aussi comme administrateur. J’ai ensuite passé l’agrégation et participé à des formations pour la préparation aux concours. Puis on m’a embauché à l’université de la Réunion où je faisais des vacations et on m’a  confié la responsabilité de directeur du SUAPS (Service Universitaire de Activités Sportives). J’ai dirigé ce service pendant 8 ans et c’est là que j’ai vraiment appris à manager des équipes d’enseignants et d’employés administratifs ou techniques ainsi que gérer budget, logistique, équipements, communication, etc…

Ayant toujours la bougeotte, j’ai initié des échanges universitaires sportifs et culturels avec les universités de Madagascar et de Maurice. Tous les ans nous recevions des étudiants malgaches et mauriciens et j’emmenais des équipes rencontrer nos voisins de l’Océan Indien.

C’est là, à Madagascar que j’ai découvert les Alliances françaises. Il faut dire que le sport à l’université comprend la danse ou plutôt les danses : contemporain, modern jazz, de salon, hip hop, indienne ou africaine, nous n’avions pas loin d’une vingtaine de cours différents. Et dans chaque voyage sur Madagascar, nous emmenions des danseurs et danseuses qui préparaient en résidence avec les étudiants malgaches des spectacles, avec danseurs et musiciens, que nous venions présenter à l’Alliance  de Tananarive. Et là, j’ai vu, j’ai découvert l’Alliance : des spectacles, des échanges, de la culture dans interculturalité, une ambiance, une vie, une philosophie, bref, j’ai trouvé ça bien. Peut-être aussi que cela tombait à une époque de la vie où on a envie de changer de faire autre chose, de voir autre chose ? Ce que je sais c’est que j’ai approfondi un peu ma connaissance de ce qu’étaient les Alliances en visitant également celles de Tamatave et de Tuléar et que j’ai pris la décision de postuler. J’ai aussi profité de la formation FLE dispensée sur le site du Tampon pour refaire quelques études, puis je me suis inscrit à la transparence et on m’a finalement fait confiance en me proposant un poste.

  •  Vous êtes musicien et chanteur, une carrière s’était-elle profilée dans ce sens ?

J’aime chanter avec ma guitare, mais ça a toujours été un loisir, un plaisir fait en amateur avec des amis… Mes amis musiciens (des vrais) m’ont souvent invité à chanter avec eux, j’ai donc chanté dans plusieurs groupes depuis la fac… du rock du reggae, puis plus tard quelques standard de jazz, de la bossa nova et aussi avec ma femme des musiques créoles réunionnaises… j’ai même essayé de composer et on avait fait un CD avec mes amis à la Réunion. Mais tout ça n’a jamais été sérieux, ça a été (et c’est toujours) pour moi comme un jeu. De toute façon pour aller plus loin, il faut s’y investir complètement… je n’ai jamais pensé que je pouvais faire ça.
Depuis un an, je me suis mis à chanter Aznavour, suite à une rencontre avec une chanteuse professionnelle basée à Dubaï, Véronique Forget qui chante magnifiquement Piaf. Nous avons monté un spectacle Piaf-Aznavour que nous avons présenté à Dubaï et comme ça a plu, on nous a demandé de le refaire au Caire, à Mascate, au Bahreïn puis à Abou Dabi et encore à Dubaï… ça a été un grand plaisir pour moi mais maintenant elle s’est installée en Belgique…  En attendant je continue à m’amuser avec mes nouveaux amis musiciens dès que j’en ai l’occasion. Ce que j’adore le plus c’est partager ce plaisir : préparer des morceaux, s’entrainer pour ensuite les produire devant un public, ’amuser ensemble sur scène : quel plaisir intense ! Je ne suis pas prêt d’arrêter ça (à moins qu’on me bâillonne et qu’on m’attache en haut d’un arbre).

 

  • Comment fut votre première expérience  en Alliance française ?

Mon premier poste a été celui de Maseru au Lesotho. Le Lesotho est un pays enclavé dans les montagnes du Drakensberg au milieu de l’Afrique du sud. Il n’a pas connu de colonisation, pas d’apartheid, il se distingue complétement des mentalités sud-africaines, il n’y a qu’une seule ethnie les Basutos.

Il s’agit d’une petite Alliance dans un petit pays d’Afrique très accueillant. De plus comme il n’y a pas d’autre représentation officielle de la France dans le pays, j’étais également Consul honoraire et Attaché culturel, le « Monsieur France » du Lesotho, sous l’autorité de l’Ambassade de Pretoria et du consulat de Johannesburg. C’était vraiment une découverte de nouvelles fonctions, je me suis régalé, j’ai passé des années inoubliables.

Ce n’était pas facile, c’était un sacré défi de développer cette Alliance mais on a réussi à faire quelque chose de bien tout en quintuplant le nombre des étudiants. Grâce au président, aux quelques employés dévoués, aux professeurs et à tous les bénévoles qui nous entouraient, on a fait des choses fantastiques avec des moyens infimes. L’Alliance française est maintenant à Maseru le lieu où l’on va … il faut dire que sa situation géographique avec son jardin et le « Oulalà café » en plein centre-ville, avec sa scène (construite autour d’un arbre que l’on n’a pas voulu enlever), son ciné-club extérieur et le boulodrome…… que des bons souvenir !

Bon, bien sûr, rien n’était simple tous les jours mais il y avait une grande chaleur humaine qui donnait envie de surmonter tous les obstacles. J’ai découvert là-bas avec bonheur ce nouveau métier et cela m’a vraiment donné envie de continuer.

 

  • Comment est  le réseau des Alliances françaises aux Émirats Arabes Unis  ?

Le réseau Emirats aux émirats est constitué de deux alliances : celle ce Dubaï et celle d’Abou Dabi qui possède une antenne à Al Ain. Les infrastructures sont bonnes, notamment à Dubaï et je me permets ici de saluer l’excellent travail du directeur sortant Hubert Sevin et de souhaiter la bienvenue à son successeur Bernard Frontero qui a déjà pris les rênes avec une très grande expertise.

Aux Émirats la situation est très spéciale. En effet les Émiriens représentent moins de 12% de la population… Cela génère une situation bizarre où en fait on vit avec une popuation constituée de plus de 88% d’expatriés, sans vraiment côtoyer les Émiriens qui forcément se protègent et sont très difficile à fréquenter.
La Fondation, suite à notre impulsion avec les collègues de la région aux états généraux de Bangkok, a décidé d’agrandir le réseau en créant cette Délégation Régionale Moyen Orient. La DG a donc été créée cette année même et comprend l’Alliance de Port Saïd en Egypte, l’Alliance d’Arabie Saoudite avec ses antennes à Riad, Al Khobar et Djeda, l’Alliance de Bethléem, celle de Bahreïn, celle de Dubaï et celle d’Abou Dabi avec son antenne à Al Ain. Un réseau assez divers que je découvre cette année. Nous avons eu une première réunion régionale en février et la prochaine est prévue début décembre.

A Abou Dabi, nous avons actuellement plus de 2 000 inscriptions par an, le déménagement a été un bon moyen de nous développer et la nouvelle villa, placée non loin du centre-ville dans un quartier calme,  accueille plus facilement étudiants et adhérents.

 

  • Quel développement souhaitez-vous opérer  avec votre équipe ?

Le grand challenge a été de réussir le déménagement. Ce n’était pas simple mais nous avons surmonté toutes les tracasseries administratives et toutes les autorisations.  L’objectif est de mieux profiter du fort potentiel existant aux Émirats et d’augmenter le nombre de nos étudiants tout en créant un lieu de vie convivial francophone où il sera bon de venir étudier, fréquenter la médiathèque ou apprécier un petit évènement culturel. Nous avons installé une petite cafétéria en partenariat avec un professionnel et aménager dans la cour sur l’avant un espace « terrasse » qui pourra être bien appréciable dans la saison hivernale (en été de mai à octobre, il fait vraiment trop trop chaud).
A l’arrière, nous avons un espace intéressant qui permet d’installer une petite scène, écran et projecteur et nous pourrons avoir notre lieu culturel, le « Rendez Vous » où nous pourrons faire des petits évènements, de la présentation d’un livre à une production musicale acoustique en passant par de la poésie et un cinéclub… il y a de quoi faire. Le problème est le financement de tout ça, car avec les frais engagés dans le déménagement et tous ces travaux pour transformer la villa en Alliance, les caisses sont vides. A ce sujet, nous lançons un projet  crowdfunding « le Rendez-vous », sur le site Kiss kiss bank bank … à votre bon cœur !

En conclusion, pour répondre à la question, les développements sont en cours à l’Alliance  d’Abou Dabi, et grâce à l’esprit solidaire de toutes les personnes sensibles à nos projets culturels, nous ferons de belles choses : «peu à peu, miette à miette, goutte à goutte et cœur à cœur » (Jean-Jacques Goldman, chanson « Si » chantée par Zaz).

Propos recueillis par Florence Castel – novembre 2014